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February 06 Interview delphine de ViganJ'ai pu contacté l'auteur de No et moi, elle a tres gentillement répondu à mes questions.
Vous les trouverez ci dessous!
J'avoue que cela était pour moi un réel plaisir de travailler à nouveau de manière littéraire un récit. Je me rends compte que l'activité intellectuelle me manque à mon plus grand étonnement!
Je ne me sens en fait jamais aussi bien que lorsque je suis en formation!
LA grande nouvelle réside cependant dans le fait, que j'ai récupéré le fonds de la littérature étrangère et que j'ai enfin laissé les BD adultes!
Je me retrouve avec beaucoup de sous à gérer et surtout l'opportunité de faire enfin quelquechose de littéraire!
Voici les quelques questions que je lui ai posé:
Ecrivez-vous avec le souci d’un rendu esthétique ? Oui. Je suis surtout très attentive à la musique des phrases. Une petite musique que j’ai dans la tête, lorsque je commence le livre, que je cherche à mettre sur le papier. Pour Lou, c’était une musique légère et douce, simple, parfois traversée de violence.
Quels messages souhaitez-vous faire passer à vos lecteurs ? Aucun. Ce n’est pas comme ça que je conçois la littérature.
Vous sentez-vous un auteur engagé ? Non. Je ne suis personne en particulier et n’ai d’avis autorisé sur rien. Ma sensibilité, ma manière d’être au monde sont une forme d’engagement, mais très intime. C’est ce que j’essaie de partager dans mes livres.
Quels souvenirs gardez-vous de l’adolescence ? Y a-t-il des références autobiographiques ? Beaucoup trop de choses pour vous les écrire ! Oui, il y a des références autobiographiques, ici ou là, mais cette histoire ne m’est pas arrivée et n’a rien à voir avec la mienne. Néanmoins, le personnage de Lou est sans doute assez proche de la petite fille que j’ai été. De même, ses relations avec sa mère, la souffrance de cette dernière, contre laquelle elle ne peut rien.
Quels livres et quels auteurs vous ont marquée ? Chaque âge a ses livres, ses élans, ses coups de cœur, et la liste serait trop longue. Adolescente je lisais Beckett, Flaubert, Maupassant, Dostoïewski.
Avez-vous fait des lectures préalables à l’écriture de ce roman ? J’ai lu un ouvrage de Véronique Mougin (formidable) qui s’appelle « Femmes en galère » ainsi qu’un témoignage écrit par une jeune femme qui avait passé un an dans la rue.
Quel est votre processus de création ? A chaque fois différent. J’ai écrit mes quatre livres la nuit, après ma journée de travail et ma journée de maman. C’est un temps arraché au quotidien, à la logique des choses. Avant de commencer l’écriture d’un livre il y a toujours une période que j’appelle d’incubation, très importante, où le texte commence à s’organiser, à prendre corps. Puis vient le temps de l’écriture. Je travaille beaucoup mes textes et j’espère que cela ne se voit pas, que cela ne pèse pas. L’apparente simplicité (voire naïveté) de la voix de Lou était en soi une gageure. Je voulais avant tout que cela soit juste, qu’on y croit. Pendant plus d’un an, il me semble avoir vécu avec ses yeux à elle, avoir regardé le monde à 1m30 de hauteur…
« Le problème c’est qu’elle est unique parce que je l’ai apprivoisée » Que représente pour vous « le Petit Prince » ? Un livre découvert quand j’étais enfant, et lu il y a peu de temps avec les miens. Un conte initiatique.
« No et moi » roman pour ado, conte moderne ou critique de la société ? Rien de tout ça (désolée). Ma trajectoire (si vous lisez mes autres livres) est à la fois plus singulière, plus aveugle et beaucoup plus intime que cela. J’aime bien dire que « No et moi » est avant tout l’histoire de trois enfants du désordre.
Le vocabulaire de Lou est extrêmement précis. Est-ce que cette précision ne l’empêche pas de ressentir les choses simplement ? Oui, sans doute. Au même titre que son QI l’empêche d’être avec les autres, de s’intégrer.
La rencontre entre No et Lou dans une gare, dans ce monde en mouvement est très brièvement décrite. Avez-vous fait une économie de mots pour laisser une plus grande place à l’imaginaire du lecteur ? Oui. D’une manière générale, je voulais que ce livre soit très « visuel », que le texte soit le support des images que chacun peut imaginer ou retrouver : une gare, une rue, un appartement parisien…
Comment expliquez-vous le succès de « No et moi » ? Le succès est pour moi un genre « d’accident », le fruit d’une conjonction de facteurs qu’on ne maîtrise pas, une expression du hasard. Le livre a rencontré à la fois un public adulte et adolescent (dont les lectures sont d’ailleurs très différentes). Je crois qu’il fait écho à la fois au sentiment d’impuissance que nous ressentons face au monde qui nous entoure, et au besoin que nous avons de nous tourner vers l’autre. Il a été très soutenu par les libraires, ce qui est très important.
Que pensez-vous de la lecture publique aujourd’hui ? Je pense que le prix du livre ne doit pas être un obstacle à la lecture. Or les livres sont trop chers pour beaucoup de gens. Je suis donc favorable à leur présence dans les bibliothèques.
Avez-vous fréquenté des bibliothèques ? Oui. Je suis inscrite à la bibliothèque de mon quartier où j’emmène régulièrement mes enfants qui sont de gros consommateurs de livres et de BD.
"No et moi" => pour "Noémie"? Bien que No s'appelle Nolwenn? Le nom de « No » (qui dit la perte d’identité, la négation) m’est venu très vite. J’ai ensuite cherché de quel prénom cela pouvait être le diminutif, et j’ai trouvé Nolwenn. (elle aurait pu s’appeler Noémie, j’ai d’ailleurs hésité entre les deux, mais Nolwenn me sempblait correspondre davantage au milieu dont elle vient).
L'incipit du roman vous a-t-il demandé beaucoup de réécriture? Dans une première version du manuscrit, le roman commençait par la scène de la rencontre entre No et Lou dans la gare. Et puis j’ai eu l’idée de structurer le livre autour des scènes de classe et des échanges avec Monsieur Marin. J’ai beaucoup travaillé cet incipit dans le sens où je voulais que tous les enjeux du livre soient présents : son malaise d’adolescente, son QI, sa difficulté d’être au monde, son empêchement, sa relation avec ses parents, son amour pour Lucas. (sans que cela soit trop lourd ni cousu de fil blanc). Comments (1)
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